• Acte II Scène II : Sous la lune

    Sous la Lune

     

    Une scène, vide.

    Les gouttes de pluies terminent de tomber.

    Elles résonnent à l'intérieur d'une grotte.

    Assise au bord, la Fille observe les étoiles,

    Pendant que le Violoneux joue avec deux morts.

     

    La Fille :

    Eh ! (un temps) Eh toi ! Oui, toi, là. Viens. (un temps) Allez, viens t'asseoir. (le Violoneux s'excuse auprès des morts, s'approche, ne s'assoit pas) Je voulais te dire... Merci pour tout à l'heure. Sans toi, peut-être je serais morte avec tout ce vent. (le Violoneux hausse les épaules et retourne avec les morts) Eh ! Eh attends ! (elle se lève pour le rejoindre) Attends ! Me laisse pas ! T'es qui ? Tu viens d'où ? C'est quoi ton nom ? Tu dois bien en avoir un, non ? Tout le monde a un nom. (un temps) Tu t'en fous, c'est ça ? T'es un peu le super héros qui sauve les gens, puis après il s'en fous. Je peux comprendre tu sais. C'est juste que je viens de loin. A cause d'un rêve. J'ai rêvé de mon papa. Il était grand, barbu, et très vieux. Je l'ai jamais connu, mon papa. C'est pour ça, je suis là, je le cherche. Puis j'ai trouvé personne, rien que toi. T'es trop jeune pour être mon père, hein ? C'est pas grave. Tu veux bien m'aider ? A le retrouver. (ils se regardent, un instant) Je peux te faire confiance ? Pourquoi tu parles pas ? T'as perdu ta langue ? T'es muet ?

     

    Le Violoneux :

    Non, je suis aveugle.

     

    La Fille :

    Alors, t'es aveugle et tu parles pas. C'est pas commun, pas commun du tout. (elle le prend par la main) Viens t’asseoir, viens, faut que je te montre un truc. Regarde. (elle regarde le ciel, lui aussi) Il y a une belle lune ce soir. Regarde bien. Tu vois ? Tu le vois ? Il y a un visage dans la lune. Un visage dans la lune, et le début d'une histoire. Comme un livre à écrire. (ils se regardent) J'ai envie de te dire pleins de choses. Je sais pas par où commencer, alors je vais commencer par le ciel. Le ciel, qui est haut, si haut qu'on ne s'en rend plus compte. Les étoiles, quand elles brillent comme ça, on pourrait les toucher, mais non. Alors on les touche, non pas du bout des doigts, mais du bout des cilles. Tu vois ce que je veux dire ? Pourquoi tu ris ? Arrêtes de te moquer !

     

    Le Violoneux :

    Je suis aveugle.

     

    La Fille :

    Ah oui c'est vrai ! Excuses moi, je suis un peu idiote. Tu vois rien alors ? C'est dommage. T'as jamais vu la lune ? Tu sais, c'est jamais qu'une grosse pierre la lune. Une grosse pierre qui flotte dans le ciel. (très fière d'elle-même) Je peux te parler de la lune ? (il fait signe que oui) Elle éclaire, elle observe, et nous aussi on peut la voir, et quand on sais pas on se raconte des histoires à son sujet. C'est parfois une grosse pouffe qui nous empêche de dormir, parfois c'est la reine de la nuit, la déesse des océans qui soulève les vagues. C'est mystique, la lune. Enfin, c'était mystique. Car un jour, y a un type qui s'est ramené avec sa science, un type qui a des idées mathématiques sur tout, le genre de gars pour qui le ciel, si il est bleu, il sait exactement pourquoi il est bleu, lui. Le gars, il sait tout. Et parce qu'il sait tout, il explique, et parce qu'il explique, il détruit ces choses invisibles que personne ne peut savoir mais qui sont là pourtant. Il explique que le sommeil, les vagues, la lumière de la lune, c'est pas mystique, c'est physique. Physique. Rien que des théories de masses à la con. La lune, c'est quoi au fond, mathématiquement parlant ? C'est de la caillasse paumée. Un gros cailloux vide de sens, tout aussi perdu que nous, et qui ne comprend rien à rien. Si c'est pas terrible ça ! Je le déteste ! Je voudrais le tuer ce gars ! Pardon. (elle calme sa colère, et sa tristesse) Les gens du coup, ils ont arrêté d'y croire. C'est pareil avec le soleil. Qui dit bonjour au soleil ? Hein ? Qui ? Bon, il reste quelques personnes. Pas pour rien qu'il continu de se lever. Mais le jour où y auras plus personne, on fera comment, hein ? Avant, des soleils, des lunes, y en avait des tonnes. Mais les gens ont préféré croire en d'autres valeurs, plus scientifiques, et alors les animaux ont disparus, les plantes ont disparus, et maintenant le reste suis la marche. Bientôt ce sera les sentiments, pourquoi pas, hein ? Moi, c'est les sciences, je refuses d'y croire, c'est que des conneries. Peut-être même que la terre, elle est vraiment plate !

     

    Le Violoneux :

    Fait attention, tu parles beaucoup.

     

    La Fille :

    Je suis désolé...

     

    Le Violoneux :

    Je n'ai pas dit que c'était un mal.

    Seulement, tu t'emmêles toute seule.

    Tu te perd dans tes mots.

    J'aime écouter tes histoires.

     

    La Fille :

    C'est vrai ? C'est gentil ça.

     

    Le Violoneux :

    (après un temps) Tu trembles.

    Tu as froid ?

     

    La Fille :

    Non... Je sais pas pourquoi.

     

    Le Violoneux :

    (soudainement, grave) Viens.

     

    La Fille :

    Contre toi ?

     

    Le Violoneux :

    (riant) Mais non. (il se lève) Viens.

     

    La Fille :

    Mais... on va où ?

     

    Le Violoneux :

    Une amie, elle a besoin d'aide.

    Viens.

     

    La Fille :

    Une amie ?

     

    Le Violoneux :

    Viens !

     

    Le Violoneux la prend par la main,

    Et ils sortent à jardin.

    Les morts les suivent en jouant.

    Puis les lumières, peu à peu, baissent.


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